Les grains s'ajoutent aux grains

Publié le par Adora

"A et A entrent ensemble.

Il s'agit d'accueillir l'immensité.

 

Assises toutes les deux dans la forêt tirent chacune sur une corde en or.

Le rideau.

 

Ah tant de."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chacune sur un matelas sans drap 

   les tuyauteries

 

l'une les yeux contre le lin

l'autre

yeux ouverts dans le noir la langue vibrante capte le mouvement des papillons

 

 

avec ses mains la première, les paumes à l'envers - la mangeoire aux papillons de la nuit

hors du

qui dépassent du

 

Adora s'anime d'une folie - le mécanisme

ses membres claquent l'eau chauffe

yeux fous dans le noir la langue tendue dans les ténèbres les entend

les papillons.

 

sur le dos elle dort

quand Anima a les yeux enfouis le nez contre la bouche contre le matelas sans drap couverte d'elle-même les bras tordus à l'envers les paumes tournées vers le plafond en forme de croix le perchoir aux papillons.

 

Adora tremble un peu - les papillons - sa langue frétille dans l'obscurité - les papillons - les yeux encore plus ouverts - les papillons - se redresse un peu - les papillons - tendue dans le noir - les papillons - étire son cou - les papillons - incline sa tête d'un côté d'un autre - les papillons.

 

Anima dans son sommeil profond comme une mort

dans son sommeil se met à pleurer

se met à pleurer dans son sommeil

des petits cris de papillon

Anima balance sa tête doucement pleure avec des larmes sous le sommeil sa tristesse son horreur du présage Anima triste enfant rêve qu'elle porte ses doigts à sa bouche mais le réel : ses mains immobiles les papillons 

rêve que ses doigts sont tout mouillés 

pleure encore sans bouger sans réveiller le sommeil

pleure encore en portant les papillons

 

Adora dressée debout sur le lit ferme les yeux  

se laisse glisser doucement

doucement sombre dans la mollesse des membres s'effondre tombe violemment sur le sol 

sans bruit.

Le sol est couvert d'écailles. 

Un nuage extraordinaire de poussière de papillon s'élève dans la chambre

le noir s'épaissit 

devient matière

Adora à quatre pattes sur le sol de velours les poumons emplis des milliards de couleurs 

marche avec ses mains sur les ailes

- une antenne quelques yeux la trompe - secs trop secs elle les réduit en 

cette poussière sa langue en est pleine elle la frotte contre ses manches - un coton blanc

 

Anima la plainte s'est transformée en chant mortuaire

dans son sommeil elle les appelle, Brun, le Fauve, celui qui porte son nom à elle, Anima, Jupiter et Saturne, elle appelle chacun des papillons dans son sommeil, Sépulcre, Araignée, Traître et Epouvanteur, le socle aux papillons tremble un peu mais jamais elle ne pliera les doigts - la nuit elle est la mangeoire aux papillons la maison des papillons leur perchoir la nuit c'est elle tous les papillons de la forêt tous les papillons de la nuit dans ses mains sur ses mains - les noms des papillons hurlés avec horreur dans un sommeil scellé par le devoir

Anima un pacte avec les papillons

chacun prend un cheveu entre ses pattes et le rabat sur le crâne d'A

Anima le visage contre le matelas sous tous ses cheveux qui empêchent les écailles de l'asphyxier 

 

mais

elle

asphyxie de les savoir tous morts

alors ses larmes

tous ses petits vont mourir

elle rêve que ses doigts sont trempés 

qu'ils dégoulinent

elle rêve qu'elle a porté les doigts à sa bouche

sanglote comme un animal, Anima

 

 

 

L'air est velours

Adora yeux ouverts tapissés du velours des milliers d'êtres de la chambre

la langue pleine 

enivrée de l'odeur des papillons 

le noir dense la douleur de ne plus voir 

ses oreilles pleines du cri infini d'Anima

sa lamentation

 

Adora s'approche glisse sur le tapis d'ailes tristes

avec ses doigts caresse le velours qui tombe du ciel et s'approche du lit de l'Autre.

 

Elle embrasse trois fois l'Autre, étreins Anima de toute la tendresse de ceux qui croquent leur propre cartilage caresse son dos pince la pointe de ses omoplates tendues vers le plafond enfonce ses pouces dans les reins de la Petite

mordille son cou prend le grain de beauté entre ses dents et serre doucement Adora glisse, sa langue elle la passe dans les cheveux de l'Autre, elle la nettoie 

Anima a les cheveux pailletés des écailles de la bouche d'Adora 

Adora glisse, sa langue loin de la sécheresse dégouline de salive - l'eau à la bouche - Adora glisse le long d'Anima 

elle lèche son cou, la petite plaie sur le grain de beauté, elle lèche son épaule, sa langue glisse le long du bras vertical

Adora à genoux pleure aussi

Avec ses cris Anima fait pleurer l'assassine Adora

Adora à genoux dans la poussière enduit Anima de salive

la parcourt avec sa langue 

Anima enduite luisante 

pleine de la salive

tellement trempée

Adora glisse le long d'Anima

qui

a les mains pleines

elle a les mains pleines

les mangeoires s'alourdissent

papillons dans le bain

papillons dans les mains mouillées qui s'abreuvent de nectar-mort

 

Anima tremblote - cela vient - horrible augure de mort

Elle tremblote - la mort des papillons

 

Adora met les dents doucement 

doucement met les dents

Adora.

Fait glisser ses dents sur la peau descend doucement

 

le long du bras

 

vient dans les mains affamée folle 

la langue contre

les papillons englués

passe la langue entre leurs pattes

Adora aux canines limées par les grincements nocturnes se lèche les babines

 

ouvre grand la bouche

 

 

 

écarte ses

 

 

 

mâchoires 

 

 

 

 

engloutit les papillons

les dévore

les mâche sans respirer

 

les avale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les avale.

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