Campagne.

Publié le par Adora

Ils se prirent par la main et se mirent à chanter silencieusement.

Ils marchèrent sur la pourpre – ils marchèrent pour le vent.

Ils s’en furent sur les marches.

Ils allèrent pieds nus sur les planches de bois. Mou.

 

Maintenant il dort.

La pourpre plein les mains.

Les yeux salés.

La farine sous les ongles.

 

Il gratte un peu parfois le chat il secoue un peu parfois les cendres il écrase les pétales de la violette entre ses doigts et l’applique sur ses paupières à elle qui finit par ne plus rien voir et deviendra aveugle d’avoir trop souffert de l’acidité du parfum de mort. Il voulait la décorer et avait mis trois branches de houx dans sa gorge. Elle avait le sommeil lourd, si lourd, comme les rideaux de velours pourpre, comme les cordons en fils d’or doré si lourd mais au réveil l’enfer. Trois branches de houx enfoncées dans la gorge tu es jolie comme ça pour la décorer au réveil l’enfer et les yeux qui brûlent du jus des violettes écrasées sur les paupières le pollen abondant abondant qui irrite les muqueuses répandu un peu partout soufflé à l’intérieur des oreilles comment l’en faire sortir ? désormais à l’intérieur pour toujours à moins de racler avec une feuille de houx pliée en deux ou tout simplement roulée le pollen aussi au coin des yeux mais qui coule par les larmes le pollen entre les cuisses rentré lui aussi pour beaucoup de temps trois feuilles de houx ne suffiront pas il faudra au moins la tige d’un tournesol, entourée de lierre pour plus d’épaisseur et surtout, surtout, plus d’accroche. Approche. Approche lui dit-il tu es jolie comme ça il lui a fait une couronne de fleurs une très jolie couronne de fleurs très douces très tendres que des pâquerettes des bleuets tous les champs dans sa couronne pour la couronner la couronne pour la couronner en faire une couronnée la couronner la couronne viens que je te couronne elle approche les yeux fermés parce qu’elle a trop mal sans rien dire parce qu’elle a trop mal en se déplaçant doucement parce qu’elle a très mal il lui caresse les épaules et pose la couronne sur sa tête mais ce ne sont pas des brins d’herbe qui relient les fleurs entre elles scellent la couronne ce sont des pousses d’orties maintenant elle a mal aussi une douleur sourde qui agace sa peau son front devient grenu blanc par endroits trop rouge elle gratte et arrache ces morceaux de peau qui la démangent mais la couronne choit. Elle tombe doucement sur l’herbe chasse l’air alors Il la ramasse et ses yeux se froncent alors il la ramasse et la met sur sa tête de nouveau les yeux froncés il l’a ramassée se baisse et ramasse trois épines saisit son front des deux mains prend les trois épines de la longueur d’un nourrisson chacune et se met à coudre pour que la couronne tienne « il faut que ta couronne tienne chérie tu es jolie comme ça » elle ne dit rien car elle ne peut plus elle ne dit rien pendant qu’il coud la couronne à son crâne avec les trois épines de la longueur d’un nourrisson chacune. Voilà c’est joli comme ça. Elle ne peut même pas s’asseoir elle reste immobile et ne bouge que ses larmes, un larmoiement mécanique la réaction des yeux qui chassent le pollen à chacun de ses doigts il a accroché un lézard elle tient ses dix doigts écartés pour que les lézards ne se touchent pas sinon ils serreraient plus fort leur gueules dentues sur le bout de ses doigts l’un a perdu sa queue les lézard ne cesseront jamais de se tordre les dents plantées dans la chair du bout de ses doigts et même si le sang coule directement dans leur gueule à eux jamais ils ne desserreront l’étreinte de leur mâchoire jamais, jamais plutôt mourir et c’est ce qu’ils feront sans jamais lâcher prise mais la décoration n’est pas parfaite alors il va cueillir les groseilles il ne voulait pas les percer il le voulait pas du tout les écraser mais cette peau si fine, tendue par le liquide qui n’attendait que ça, jaillir finit toujours par céder et voici les mains couvertes du sang du fruit il ne voulait pas il ne voulait pas il ne voulait pas percer les grains alors de rage. De rage car il voulait orner sa bien aimée et non pas la maculer il décide de faire tout ce qui lui reste à faire de la maculer quand même, entièrement et pour toujours il commence par la bouche par les lèvres qui se gercent l’acidité la douleur ce rouge si clair si douloureux et puis voilà qu’il voudrait colorer ainsi tout le corps mais qu’il se dit que ces branches de houx sont vraiment jolies mais qu’elles pourraient l’être plus encore. Le reste des groseilles finit dans la gorge ce sera l’enfer au réveil plus de quoi décorer ses larmes à elle redoublent car les gouttes de feu sont venues se loger dans les plaies de la gorge dans chaque puits creusé dans la chair par les épines du houx les creux sont désormais pleins à ras bord de ce liquide brûlant et corrosif comme un méchant acide restent les genoux. Deux amanites suffiront. Voilà le créateur défait réduit à ce que les choses suffisent il est déçu comme un enfant et froisserait bien le tout avant d’y mettre le feu. S’il savait que cela brûle déjà

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